Pics Studio Montpellier : le plus grand studio de cinéma de France doit sortir de terre en 2026
SOMMAIRE
Après des années de gestation, le méga-complexe cinématographique Pics Studio, aux portes de Montpellier, entre dans le concret. Ce chantier à plus de 100 millions d'euros prévoit dix plateaux de tournage sur 35 000 m² répartis entre Saint-Gély-du-Fesc, Fabrègues et Pérols. La pose de la première pierre est attendue courant 2026, pour une livraison en 2028. L'Hérault mise gros sur le 7e art.
Un colosse de 35 000 m² taillé pour le cinéma mondial
On pourrait croire à un scénario hollywoodien. À une quinzaine de kilomètres au nord de Montpellier, la commune de Saint-Gély-du-Fesc s'apprête à accueillir le plus vastes complexes de tournage jamais bâtis en France. Pics Studio occupera un terrain de 14 hectares et déploiera dix plateaux de grande hauteur, dont les surfaces s'échelonnent de 350 m² à 3 035 m². Le plus grand d'entre eux, avec ses 15 mètres sous gril et sa fosse de 17 × 12 mètres, revendique déjà le titre de plus grand plateau de tournage du pays, comme le détaille le site officiel de Pics Studio.
Le complexe forme un ensemble intégré pensé pour que les équipes ne quittent jamais le site. On y trouvera 7 750 m² d'ateliers multifonctionnels pour la construction de décors, les effets spéciaux (SFX, c'est-à-dire les effets réalisés physiquement sur le plateau) et les costumes, complétés par un atelier central de menuiserie et de peinture de 2 300 m². La post-production disposera de son propre auditorium de 140 places, équipé d'un projecteur Christie 4K et d'une diffusion sonore en Dolby Atmos, le standard immersif utilisé dans les salles de cinéma haut de gamme. Un plateau dédié à la capture de mouvement (motion capture) de 500 m² complétera l'arsenal technique.
Le projet Pics Studio rayonne en étoile autour de Montpellier, sur trois communes de l'Hérault. À Saint-Gély-du-Fesc, le vaisseau amiral concentre les plateaux et le campus de formation. À Fabrègues, d'anciens terrains accueilleront des studios supplémentaires, des ateliers de décors et des outils de post-production sonore. À Pérols, enfin, 125 hébergements haut de gamme, baptisés « écolodges », offriront gîte et espaces de travail aux équipes de tournage le temps des productions.
Deux poids lourds de l'immobilier montpelliérain aux manettes
Derrière ce projet titanesque, on ne trouve ni major du cinéma ni fonds d'investissement parisien, mais deux entrepreneurs enracinés dans le tissu économique héraultais. D'un côté, Alain Guiraudon, patron de GGL Groupe, aménageur urbain qui pèse 300 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie 200 collaborateurs, par ailleurs collectionneur d'art et fondateur de la fondation GGL Helenis à l'Hôtel Richer de Belleval, à Montpellier.
De l'autre, Antoine Pietrera, à la tête du Groupe Spag, promoteur immobilier Montpelliérain bien implanté dans la métropole. Les deux hommes co-portent Pics Studio depuis 2019. Ensemble, ils détiennent la maîtrise totale du foncier, un atout rare pour un projet de cette envergure.
L'idée leur est venue en observant l'essor des séries quotidiennes tournées dans la région, comme Un si grand soleil ou Demain nous appartient, et le déficit criant de plateaux en France face à la demande des plateformes de streaming. « Souvent, je regrette qu'il n'y ait pas assez d'échanges avec les acteurs locaux. Nous avons eu de la chance avec Saint-Gély-du-Fesc, car la maire Michèle Lernout et l'élu à l'urbanisme Patrick Burte ont pris le dossier en main », confiait Alain Guiraudon à Hérault Tribune en mars 2024. La commune a modifié son plan local d'urbanisme pour rendre le projet possible, après deux réunions de concertation publique jugées constructives par les porteurs du projet.
En 2023, Pics Studio a été retenu parmi les 68 lauréats de l'appel à projets « La Grande Fabrique de l'Image », un programme du plan France 2030 doté de 350 millions d'euros sur cinq ans. Ce dispositif, piloté par le Centre national du cinéma (CNC), finance le développement des studios de tournage, des studios numériques et de la formation aux métiers de l'image.
La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, s'est rendue sur le site dès avril 2022 pour afficher son soutien. « Notre ambition paie : voir un projet d'une telle envergure s'installer en Occitanie est le fruit de notre investissement aux côtés des acteurs de l'audiovisuel », déclarait-elle lors de cette visite.
Un calendrier à rallonge qui se précise enfin
Pics Studio n'a pas échappé à la malédiction des grands chantiers : les délais ont glissé, encore et encore. Lorsque le projet est présenté publiquement en 2021, GGL et Spag annoncent une sortie de terre « courant 2023 » et une mise en service « dès 2025 ». En mars 2023, un magazine spécialisé évoque encore « 16 500 m² de plateaux en 2025 ». Puis le curseur recule. En mars 2024, Hérault Tribune mentionne une inauguration prévue en 2026. Un optimisme qui, lui aussi, devra être tempéré.
Le permis de construire pour le site principal de Saint-Gély-du-Fesc et le pôle de formation a été délivré le 22 décembre 2023, au terme de la refonte du PLU évoquée plus haut. L'ensemble des autorisations n'a été définitivement purgé qu'en 2025. Ensuite, le montage financier : Si les fonds sont exclusivement privés, l'addition dépasse les 100 millions d'euros. Certaines sources évoquent même 200 millions d'euros hors taxes (egsa.fr). Un tel ticket exige du temps. Début février 2026, une nouvelle update tombe avec l'évocation du bouclage définitif qui « doit être finalisé dans les prochains mois ».
Le dernier acte de cette longue mise en route semble toutefois proche. Les travaux préparatoires sont lancés et Pics Studio délibère actuellement sur le choix des entreprises qui interviendront sur le chantier. Le Journal des Entreprises précise que le coup d'envoi du chantier pourrait intervenir d'ici la fin du premier semestre 2026. La livraison, elle, est désormais calée sur 2028, soit trois ans après l'échéance initiale. Un décalage notable, mais pas inhabituel pour un projet industriel de cette ampleur sur un foncier qui a exigé des adaptations réglementaires sur mesure.
Formation, emploi, écologie : un écosystème bien au-delà des plateaux
Les porteurs de Pics Studio l'ont compris très tôt : le complexe ne fonctionnera que s'il fabrique aussi les compétences dont il aura besoin. Un campus de formation sera adossé aux plateaux de Saint-Gély-du-Fesc, avec des partenariats noués avec plusieurs écoles régionales et nationales. Parmi elles : ArtFX, spécialisée dans les effets visuels et l'animation 3D, L'École 24, Défipro et l'Université Montpellier-Paul Valéry. Le campus prévoit d'accueillir environ 300 étudiants, formés en alternance et donc directement au contact des tournages. Un lien est également prévu avec le futur campus Anima.
L'enjeu, à terme, est massif : Pics Studio table sur la création de plus de 2 000 emplois, directs et indirects, dans les métiers de l'image, de la technique et de la production. Machinistes, éclairagistes, costumiers, monteurs, spécialistes des effets visuels (VFX), régisseurs… la palette des postes couvre toute la chaîne du septième art. Pour la Région Occitanie, qui a fait de l'audiovisuel un axe de développement économique depuis 2016, cette promesse d'emplois dépasse le cadre du studio.
Les studios voisins de Vendargues ont déjà démontré l'effet multiplicateur de ce type d'infrastructure : « Un euro investi, c'est 7,5 euros pour le territoire », résumait un responsable interrogé par le Hérault tribune le 11 février 2026.
Dernier volet, et pas des moindres : l'écoresponsabilité. Dans une industrie souvent pointée du doigt pour son empreinte carbone (transports des équipes, construction éphémère de décors, consommation énergétique des plateaux...), Pics Studio affiche un cahier des charges ambitieux. Le complexe prévoit une autoconsommation solaire, une isolation thermique renforcée par des matériaux biosourcés et un système de chauffage, ventilation et climatisation (CVC) éco-performant.
Un edge data center (un centre de calcul de proximité) récupérera la chaleur dégagée par ses processeurs pour alimenter la production d'eau chaude sanitaire. Les émissions seront mesurées en temps réel grâce à une GTB (Gestion technique du bâtiment), permettant un suivi plateau par plateau et jour par jour. Côté déchets, une ressourcerie assurera le recyclage des décors et des supports, avec un tri en six flux et une logique de réemploi.
Tourner un film à faible empreinte carbone : voilà peut-être l'argument le plus contemporain pour attirer des productions soucieuses de leur image, dans tous les sens du terme.
Séduire Netflix et Amazon : le pari de l'attractivité internationale
Pics Studio ambitionne de devenir le premier studio français taillé pour les productions internationales et les plateformes de streaming, en misant sur le modèle « all inclusive » (tout sous un même toit) inspiré des grands studios britanniques comme Pinewood.
Le complexe peut s'appuyer sur les atouts de l'Occitanie, deuxième région de France pour les tournages (plus de 3 000 jours par an), sur l'ensoleillement et la variété des décors naturels de l'arrière-pays montpelliérain, ainsi que sur un levier fiscal attractif : le crédit d'impôt international (C2I), bonifié à 40 % pour les fictions à forts effets visuels.
Sur le territoire, Pics Studio se positionnera donc en complément des studios France Télévisions de Vendargues, dédiés aux séries quotidiennes françaises, en ciblant quant à lui le marché mondial.
Hervé Koffel
Commentaires à propos de cet article :
Ajouter un commentaire