Montpellier : un nouveau groupe scolaire éco-responsable à Croix-d'Argent en 2028
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Le 17 décembre 2025, Michaël Delafosse a donné le premier coup de truelle rue Michel-Colucci, dans le quartier Croix-d'Argent. Derrière ce geste symbolique : un chantier d'envergure pour un nouveau groupe scolaire conçu selon les principes de l'architecture bas carbone. Un nouvel équipement qui doit soulager des écoles aujourd'hui saturées par la poussée démographique du sud-ouest montpelliérain.
Seize classes et une crèche au pied du tramway
Le futur groupe scolaire s'implantera à deux pas du collège Croix-d'Argent et de la station de tramway Villeneuve-d'Angoulême, sur la ligne 2. Un emplacement stratégique pour les familles du secteur. Sur près de 4 000 m², l'ensemble accueillera une école maternelle de cinq classes et une école élémentaire de dix classes, auxquelles s'ajoutera une classe ULIS (Unité localisée pour l'inclusion scolaire) destinée aux élèves en situation de handicap.
Côté équipements, la municipalité a annoncé deux dortoirs, une salle de motricité, deux bibliothèques (une par niveau) et des salles dédiées aux activités périscolaires compléteront les espaces d'enseignement. Le restaurant scolaire, doté d'un self pour les élémentaires, pourra nourrir l'ensemble des effectifs sur place. À l'extérieur, jardins pédagogiques, potagers et espaces de « classe dehors » offriront aux enseignants la possibilité de sortir des quatre murs pour faire cours au grand air.
À proximité immédiate, une crèche de 68 berceaux verra également le jour. Répartie sur deux niveaux et environ 2 350 m², elle disposera de cours extérieures propres. De quoi proposer aux familles du quartier un parcours complet, de la petite enfance jusqu'au collège, sans changer de trottoir.
Un bâtiment bas carbone tourné vers la biodiversité
Ce groupe scolaire a été conçu comme un démonstrateur de l'ambition environnementale de la ville de Montpellier. Architecture moderne, empreinte carbone réduite, prise en compte des écosystèmes locaux : le triptyque guide l'ensemble du projet. Une philosophie déjà éprouvée sur d'autres chantiers scolaires montpelliérains.
À la Mosson, l'école Hypatie a ouvert ses portes en septembre 2025 avec des murs en béton bas carbone, bois et terre crue. Elle a décroché le label BDO (Bâtiment Durable Occitanie) niveau Argent. Dans le quartier Nouveau Saint-Roch, le groupe Jules Isaac / Sophie Scholl est allé plus loin encore : premier établissement montpelliérain certifié BDO Or, il affiche des performances énergétiques exemplaires et une conception axée sur la nature. Le futur groupe scolaire Croix-d'Argent s'inscrit dans cette lignée.
Le chantier a toutefois pris du retard : près d'un an de délai supplémentaire, pour être exact. Des études environnementales complémentaires ont été exigées par la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement). Les services de l'État ont demandé des analyses approfondies sur la biodiversité présente sur le site et sur l'hydraulique du terrain. Un contretemps qui témoigne, en creux, de la volonté de ne pas bâtir au détriment du vivant.
Délester les écoles saturées du quartier
Pourquoi construire ici, maintenant ? Le quartier Croix-d'Argent, niché au sud-ouest du centre-ville, compte près de 10 000 habitants répartis entre les sous-quartiers du Pas du Loup, Tastavin, Lepic, Les Grisettes, Bagatelle, Mas Drevon ou encore l'Ovalie. Une population jeune (38 ans de moyenne d'âge) et majoritairement composée de familles avec enfants. Le terreau idéal pour remplir des salles de classe.
Problème : les écoles existantes débordent. Aquitaine, Ronsard, Beethoven, Richier, Olympe-de-Gouges : ces cinq établissements du secteur fonctionnent aujourd'hui à pleine capacité, voire au-delà. Les effectifs par classe grimpent, les réfectoires s'engorgent, et les directeurs jonglent avec les contraintes d'espace. Le nouveau groupe scolaire doit précisément absorber ce trop-plein et redonner de l'oxygène aux équipes pédagogiques.
Le quartier continue par ailleurs de se transformer. Nouveaux programmes immobiliers, arrivée de jeunes ménages attirés par des prix encore accessibles : la pression ne faiblira pas dans les années à venir. En posant cette première pierre, la municipalité anticipe autant qu'elle répare.

Rosa-Bonheur et Chevalier-de-la-Barre : deux noms symboliques
La maternelle s'appellera Rosa-Bonheur, l'élémentaire Chevalier-de-la-Barre. Deux figures historiques, deux destins hors du commun, et un message que la Ville souhaite transmettre aux générations futures.
Rosa Bonheur (1822-1899) fut l'une des peintres les plus célèbres de son époque. Spécialiste des scènes animalières, elle a bousculé les conventions d'un monde artistique alors verrouillé par les hommes. Elle dirigea l'École impériale gratuite de dessin pour les jeunes filles et obtint, fait rarissime, l'autorisation de porter le pantalon pour travailler plus librement. Une pionnière de l'émancipation féminine, dont le nom résonnera désormais dans les couloirs d'une école maternelle.
François-Jean Lefebvre de La Barre (1745-1766), dit le Chevalier de La Barre, incarne quant à lui la lutte contre l'arbitraire. Ce jeune noble fut le dernier Français exécuté pour blasphème, décapité à 20 ans pour avoir refusé de se découvrir devant une procession religieuse. Voltaire prit sa défense et fit de son cas un symbole de l'intolérance. Donner son nom à une école élémentaire, c'est rappeler aux enfants le prix de la liberté de conscience.
À travers ces deux patronymes, la municipalité inscrit le groupe scolaire dans une double filiation artistique et républicaine, féministe et laïque. Une manière de faire entrer l'Histoire par la grande porte, dès le premier jour de classe.
Le Plan école 2030 : 400 millions d'euros pour Montpellier
Le groupe scolaire Croix-d'Argent n'est pas un projet isolé. Il s'intègre dans une stratégie d'ensemble baptisée Plan école 2030, un programme d'investissement de 400 millions d'euros déployé par la Ville de Montpellier, avec pour objectif d'adapter le parc scolaire à une métropole qui gagne entre 4 000 et 7 000 habitants chaque année.
Le plan prévoit la construction de cinq nouveaux groupes scolaires, la reconstruction de sept établissements vieillissants et l'extension de quatre autres. « L'éducation constitue la priorité de l'équipe municipale », martelait Michaël Delafosse lors de l'ouverture d'Hypatie. Le maire a par ailleurs augmenté de 20 % les moyens alloués par élève et instauré la cantine à 50 centimes pour les familles monoparentales et modestes.
Le Plan école 2030 intègre également une dimension climatique, avec la végétalisation des cours de récréation, rénovation énergétique des bâtiments anciens, matériaux décarbonés pour les constructions neuves : il s'agit de préparer les établissements aux étés caniculaires. Fini le bitume surchauffé sous le soleil de juin. Place aux arbres, aux pergolas et aux îlots de fraîcheur.
Plusieurs chantiers ont déjà abouti ou sont en cours. Après Hypatie et Jules Isaac/Sophie Scholl, ouverts à la rentrée 2025, le groupe scolaire Mas de Barlet (Port Marianne) doit suivre en 2027 pour un budget de 24 millions d'euros. Les écoles Parc 2000 et Rimbaud, dans le quartier Mosson, arriveront en 2027 et 2028. Avec son enveloppe de 18 millions, le chantier de Croix-d'Argent constitue l'une des pièces maîtresses de ce vaste puzzle éducatif.
Hervé Koffel
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