Plan Lecornu sur les passoires thermiques : la location relancée sous conditions ?

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le mercredi 29 avril 2026

[ mis à jour le mercredi 29 avril 2026 ]

SOMMAIRE

Le 23 avril 2026, Sébastien Lecornu et Vincent Jeanbrun ont présenté à Marseille un projet de loi logement qui rouvre la location aux passoires thermiques. Les propriétaires de logements classés F ou G pourront les louer sous réserve d'un engagement de travaux signé sur trois à cinq ans. L'exécutif vise 650 000 à 700 000 biens remis dans le circuit locatif d'ici 2028.

Une nouvelle règle du jeu pour les logements F et G

Le Premier ministre Sébastien Lecornu et son ministre du Logement Vincent Jeanbrun ont détaillé jeudi dernier un projet de loi baptisé « relance logement », dont la mesure la plus discutée portait sur les passoires thermiques. Depuis le 1er janvier 2025, les biens étiquetés G au DPE (diagnostic de performance énergétique) sont considérés comme non décents au sens de la loi Climat et résilience du 22 août 2021. Le calendrier prévoyait l'extension de cette interdiction aux logements F le 1er janvier 2028, puis aux E en 2034.

Le projet de loi revoit un peu les tenants et aboçutissants de ce calendrier. Les propriétaires « pourront les relouer s'ils s'engagent formellement (contrat signé) à réaliser des travaux de rénovation énergétique sous trois à cinq ans », a précisé Matignon à France Télévisions. Le délai sera fixé à trois ans pour les maisons individuelles et cinq ans pour les appartements en copropriété. Au terme de la période, le bien doit avoir quitté le statut de passoire thermique. La logique gouvernementale tient en une formule : inverser la charge.

Il faut être pragmatique et raisonnable, quand on voit que ça va créer une pénurie de logements (...), il faut savoir un tout petit peu changer la méthode, sans changer l'ambition , a justifié Sébastien Lecornu lors de la conférence de presse du 23 avril 2026 à Marseille.

700 000 logements visés, 5,4 millions au total

Le ministre du Logement avance un volume précis. Sur le plateau des « 4 Vérités » le 24 avril 2026, Vincent Jeanbrun a chiffré la cible : entre 650 000 et 700 000 logements seraient concernés. Le parc locatif privé, lui, compte 1,1 million de logements F ou G, soit 13,8 % de ce parc selon le Service des données et études statistiques (SDES, données au 1er janvier 2025). Les logements G sortent déjà du marché au renouvellement du bail. Les F devaient suivre en 2028.

À l'échelle nationale, le ministère de la Transition écologique recense 5,4 millions de logements F et G sur l'ensemble du parc (résidences principales, secondaires et logements vacants), soit 14,4 % du parc total. Un assouplissement avait déjà fait sortir 700 000 à 850 000 biens du statut de passoire au 1er janvier 2026, par la grâce d'un nouveau coefficient de conversion de l'électricité, passé de 2,3 à 1,9..

Régime Avant la réforme Avec le plan Lecornu
Location d'un logement G Interdite depuis le 1er janvier 2025 Autorisée sous engagement de travaux
Location d'un logement F Interdite à partir du 1er janvier 2028 Maintenue sous engagement de travaux
Engagement de travaux Location interdite tant que le logement reste classé au niveau concerné par l'interdiction Contrat signé avec un artisan, exécution sous 3 ans (maison) ou 5 ans (copropriété)
Sanction en cas d'inaction Bien retiré du marché Retour à l'interdiction de louer

Les associations parlent d'un recul masqué

L'opposition vient des associations de locataires et de défense de l'environnement. Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation pour le logement des défavorisés, réclame « une baisse des loyers » en compensation du préjudice subi par les locataires de passoires thermiques. « Pendant ce temps-là, c'est le locataire qui subit la précarité énergétique, qui paye les factures de chauffage, et c'est la faute du propriétaire », explique-t-il sur ICI le 24 avril 2026.

Le Réseau Action Climat dénonce « un recul » et une mesure « pas une bonne nouvelle pour la précarité énergétique et les locataires de logements mal isolés ». Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement, parle sur Franceinfo d'« une moquerie » et d'un « mépris » des populations fragiles. À l'inverse, l'Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) salue un geste vers les Français « qui cherchent à se loger et à loger ».

Le gouvernement précise que l'obligation de rénover demeure entière. Le bailleur qui ne respecte pas son engagement perdra son droit de louer au terme du délai. Encore faut-il que les contrôles suivent.

Le calendrier parlementaire du plan Lecornu sur les passoires thermiques

Le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres dans les prochaines semaines, pour une première lecture parlementaire d'ici l'été 2026, vraisemblablement au Sénat. L'exécutif vise un vote avant la fin de l'année. La mesure reprend en partie une proposition de la sénatrice centriste Amel Gacquerre, déjà adoptée à la chambre haute. Le texte inclut aussi un troisième programme national de rénovation urbaine (ANRU 3), un élargissement du dispositif Jeanbrun aux maisons individuelles anciennes et la décentralisation de l'attribution des logements sociaux vers les maires.

Reste l'inconnue de l'Assemblée nationale, où le gouvernement n'a pas de majorité stable. Pour les bailleurs des logements F et G, le statu quo prévaudra jusqu'à la promulgation du texte. Le plan Lecornu sur les passoires thermiques tranche entre deux urgences : freiner la baisse de l'offre locative privée et tenir la trajectoire de sortie des logements énergivores fixée par la loi Climat et résilience.

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