Une nouvelle identité architecturale pour Montpellier en 2019 ?

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Avatar Hélène BERTIER Hélène Bertier

le 30 décembre 2019

SOMMAIRE

Alors que sa Grand’Rue se voit rénover pour la première fois depuis 30 ans, et son célèbre quartier Antigone distingué pour son architecture, la Métropole de Montpellier lance un concours pour désigner les architectes et urbanistes qui se verront confier la réécriture de l’architecture de son centre-ville, afin que celui-ci, depuis trop longtemps morcelé par des identités esthétiques et historiques différentes et déliées, puisse trouver une cohérence, une unité nouvelle et harmonieuse.

Dans le même temps, Montpellier s’attache aussi au réaménagement de ses quartiers, afin de poursuivre sa politique urbaine de mixité et d’intégration. La démolition de l’ancienne caserne de gendarmerie vient ainsi de marquer le coup d’envoi de la construction du nouveau quartier Beau Soleil, tandis que la rénovation du Petit-Béard touche à son terme. D'autres chantiers de réhabilitation et réaménagement sont initiés par la ville :le nouveau CHU de Montpellier, le Belaroia ou encore le Village des Sciences.

Rénover et valoriser l’existant

La rénovation de la Grand’Rue Jean Moulin

La Ville de Montpellier a investi 4,8 millions d’euros pour la rénovation de la Grand’Rue Jean Moulin, cette artère commerçante très fréquentée du cœur de ville qui va du bas de la rue de la Loge jusqu’au Jeu de Paume, côté place de l’Observatoire. « Ce qui n’avait pas été fait depuis 30 ans », comme l’a observé Luc Albernhe, l’adjoint au maire, qui s’est montré très investi dans la rénovation de cet axe piéton long de 350 mètres.

L’adjoint comme le maire et président de la Métropole, Philippe Saurel, ont estimé que cette rue était « devenue indigne de la septième ville de France ». Ils ont voulu la rendre plus accessible pour les personnes en situation de handicap, mais également moins glissante par temps de pluie. Le chantier prévoit ainsi des pierres de calcaire de Bourgogne et des pavés de granit de Bretagne, des pierres choisies pour leurs propriétés antidérapantes : « Elles sont résistantes et faciles à nettoyer », a assuré Luc Albernhe.

Le revêtement des façades est également repensé, ainsi que dégagé des anciennes lignes télécoms pour laisser la place à la fibre optique. Les éclairages publics seront également refaits.

Les premiers pavés ont été posés cet automne, et après la coupure prévue de fin novembre à fin janvier, les travaux devraient reprendre pour s’achever d’ici l’été 2019. Le chantier, commencé en juin 2017, aura duré deux ans, pour mieux s’adapter aux impératifs des riverains. En effet, la municipalité a souhaité réaliser ici un « chantier sur mesure », concentrant le gros des travaux, particulièrement le dallage, sur les dimanches et les lundis matin, afin de « gêner le moins possible riverains et commerçants ». À cet effet, les habitants sont prévenus chaque semaine du programme des travaux en cours.

Cette rénovation s’inscrit dans la perspective d’un embellissement total du centre-ville montpelliérain, qui vise à faire à nouveau de son architecture et de son identité urbanistique les blasons de cette Métropole du XXIe siècle forte d’une Histoire qui en fait la richesse et le caractère.

Antigone, quartier labellisé « Architecture Contemporaine Remarquable »

Philippe Saurel, maire de Montpellier et ancien adjoint à l’urbanisme, vient d’annoncer sur les réseaux sociaux la labellisation « Architecture Contemporaine Remarquable » du quartier d’Antigone par la Commission régionale du Patrimoine et de l’Architecture.

Conçu par l'architecte catalan Ricardo Bofill en 1978 sous l'impulsion du maire de Montpellier Georges Frêche et de son adjoint, le géographe Raymond Dugrand, le quartier d’Antigone a été construit à partir de 1981. Place de l’Europe, place du nombre d’or, place de Thessalie… Les places d’Antigone surprennent par leur architecture néoclassique, faite d’inspirations gréco-romaines en même temps que de lignes épurées et d’échos des jardins babyloniens.

Cette composition audacieuse et cette reconnaissance font du quartier un symbole de l’urbanisme montpelliérain, pour l’identité architecturale qu’il donne à la ville comme pour la philosophie qu’il colporte : comme le souligne le maire, « En 1981, la ville affirmait avec ce quartier la mixité sociale et urbaine, la conquête du Lez et son développement vers la mer » . Un lien social et un lien avec la nature que la cité n’a cessé de développer depuis.

Montpellier veut réécrire son cœur de ville

En parallèle de ces mises en valeur de l’existant, Montpellier a souhaité s’engager dans un ambitieux projet d’urbanisme, visant à repenser son centre-ville pour lui donner une cohérence nouvelle. Le périmètre urbain concerné par cette réécriture en profondeur de l’identité architecturale et esthétique du cœur de la ville se concentre sur l'Écusson, embrassant la place de la Comédie, l’Esplanade Charles de Gaulle et la dalle du Triangle.

Ces places, les plus emblématiques de Montpellier, se sont écrites à des moments et des périodes différentes de l’Histoire de la ville. Aussi Philippe Saurel a-t-il voulu susciter le tissage d’un lien nouveau entre ces lieux et ces visages de la ville. « L’idée est de concevoir un projet global et d’éviter de fabriquer de la ville patchwork », a expliqué le maire ce mardi 20 novembre lors d’un point presse à l’Opéra Comédie, qui s’est tenu juste avant une réunion publique sur le sujet.

La nécessaire reconquête du centre-ville

À l’époque de Georges Frêche, le maire historique de Montpellier (de 1977 à 2004), l’urbanisme de la ville s’était vu critiqué pour son abandon du centre-ville au profit d’une extension à marche forcée. Philippe Saurel apporterait donc bien là comme un correctif nécessaire. Après quatre décennies de développement, d’agrandissements quartier par quartier et d’étalements successifs, voici venu le temps de choyer le cœur battant de la cité pour lui rendre son âme et le redessiner à l’image de ses habitants.

Pour ce faire, ce projet naîtra aussi d’une concertation avec les habitants, « de l’idée jusqu’à la réalisation », a assuré le maire. Les Montpelliérains seront invités à donner leurs avis lors de réunions publiques durant l’élaboration des plans comme durant le chantier, ainsi qu’en écrivant à la mairie sur son site internet.

Jean-Pierre Foubert, sociologue et ancien professeur à l’École d’architecture de Montpellier, ainsi que chef de cabinet de Georges Frêche lorsque l’ancien maire était engagé dans d’ambitieuses transformations urbanistiques, y voit un « un projet de réparation de la ville ».

« Le projet présenté par Philippe Saurel est un projet de réparation de la ville. En ce sens, c’est un bon projet. D’autant qu’à l’avenir, quelle que soit la manière dont elle va se développer urbanistiquement, la place de la Comédie restera toujours le cœur de la cité. »
Jean-Pierre Foubert, ex-chef de cabinet de Georges Frêche et sociologue

Un réaménagement global

Baptisé « Places à tous », ce projet se voudra repenser en profondeur l’urbanisme du périmètre. Il devra donner lieu à une réflexion globale, autant sur la nature des sols que sur la sécurité, la place de l’événementiel ou des moyens de transport, les livraisons, l’accès aux rues ou aux équipements culturels, la composition végétale ou la jonction des bars, des restaurants et des commerces. Tout cela dans la même perspective d’unité : « Il faut qu’il y ait une cohérence et une fluidité », a répété Philippe Saurel.

Au cœur du réaménagement, la vieillissante place de la Comédie, repensée il y a quarante ans. La priorité ? Faire en sorte qu’elle ne soit plus une patinoire. « Il faut refaire la dalle, car elle est abîmée et glissante. Quand il pleut, nous déplorons un nombre incalculable de chutes », a souligné le maire. Les grands poteaux d’inspiration ferroviaire qui longent la place montpelliéraine pourraient également être supprimés.

Côté esplanade, les fontaines pourraient être déplacées, car elles « cassent » l’espace public, et la place des monuments aux morts sera redessinée. « Il faudra aussi repenser les sols, qui sont en très mauvais état », indique Philippe Saurel, précisant par ailleurs que le projet devra aussi s’attacher à briser l’insécurité planant sur le secteur.

Le Triangle, tombé en désuétude depuis de longues années, fera l’objet d’une attention particulière. Municipalité et métropole veulent s’attacher à réécrire et redynamiser cette zone, pourquoi pas en y construisant de nouveaux logements.

Le projet global de réhabilitation des places publiques devrait être prêt fin 2019, pour un démarrage du chantier au plus tôt, une fois bien sûr défini le plan le plus pertinent.

Un concours pour désigner l’équipe d’architectes et d’urbanistes en charge du projet

Pour alimenter la réflexion autour de ces « Places à tous », le maire de Montpellier et président de la Métropole a lancé ce 20 novembre un concours afin d’élire l’équipe d’architectes et d’urbanistes qui donnera sa nouvelle cohérence au périmètre Comédie - Esplanade - Triangle. L’équipe sera à la fois en charge de la « grande réflexion urbaine » sur ce dossier et du « réaménagement des trois places ».

La sélection devrait être faite d’ici un an. Pour l’heure, la Métropole et le groupe Serm-Sa3m, la société d’aménagement urbain qui la soutient sur tous ses projets, annoncent avoir reçu déjà « une trentaine de dossiers de candidatures ». Le 11 décembre prochain seront dévoilées les trois candidatures retenues, qui « seront invitées à un dialogue compétitif au cours de l’année 2019 », précise le président de la Métropole. Dialogue qui débouchera sur la sélection finale de l’équipe en charge de la réalisation, qui devra alors « fournir un projet, une image, une perspective ».

Un projet délicat

Selon Jean-Pierre Foubert, en matière de croissance urbaine, le maire peut avoir deux niveaux d’intervention, qu’il doit concilier harmonieusement s’il souhaite servir intelligemment sa ville.

« Il y a les grands projets pour faire rêver les gens. C’est ce qu’a fait Georges Frêche.
Et il y a les programmes de proximité, le travail au quotidien, au plus près des gens. Un maire qui veut laisser une trace de son passage ne pourra le faire que s’il n’y a pas de hiatus entre les deux types de projets. »
Jean-Pierre Foubert, ex-chef de cabinet de Georges Frêche, ancien professeur à l’École d’architecture de Montpellier et sociologue

Frédéric Devaux, architecte du cabinet montpelliérain Matte-Devaux- Rousseau, juge quant à lui qu’il faut voir plus loin que l’hypercentre historique pour ce projet. Remettant en cause le périmètre urbain concerné, il estime que la concertation devrait aussi s’attacher à définir « comment corriger, améliorer, la connexion avec les nouveaux quartiers qui n’est pas, à ce jour, naturelle ».

L’architecte apprécie en revanche l’hypothèse d’un possible geste artistique contemporain annoncé par Philippe Saurel lors de la soirée de lancement du concours. « Ce serait une chose passionnante ! Cela pourrait également contribuer à inscrire Montpellier, la Métropole, dans un paysage urbain à l’échelle européenne. »

Si Philippe Saurel a bien précisé qu’il associerait un artiste à la consultation, Jean-Pierre Foubert y adjoindrait également un « paysagiste. C’est ce que Frêche avait fait lors de la rénovation de la place de la Comédie. Il avait confié le travail à Alain Marguerit, le paysagiste montpelliérain. C’était assez subtil comme idée ».

Un projet à suivre dès les prochains mois donc, et qui risque bien de faire des émules… S’attaquer au cœur d’une cité n’est jamais chose aisée, et si « Philippe Saurel a évoqué un budget total de 30 M€ », aucune communication officielle n’a encore été fait à ce sujet. Ce sera pourtant un point déterminant pour le déploiement de cet ambitieux plan de réaménagement, qui promet de faire entrer la ville dans son Histoire contemporaine.

Montpellier redynamise aussi ses quartiers

Montpellier n’est pas ville à ne s’intéresser qu’à son cœur de ville ou à ses quartiers les plus favorisés. À l’occasion de sa participation début novembre au Forum mondial contre les violences urbaines et l'éducation pour la cohabitation et la paix, à Madrid, le maire et président de la Métropole a défendu sa politique d’urbanisme et d’intégration.

« À Montpellier, il existe toutes les populations mondiales : seulement 20¨% des habitants sont nés à dans cette ville. Il n'y a pas de politique égalitaire s’il n’y a pas une planification volontaire de logements sociaux, abordables ou privés.
Nous créons 7 000 logements par an pour répondre à une demande croissante tout en faisant une action sur la mobilité pour éviter que les quartiers ne se ghettoïsent. »
Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de la Métropole

Coup d’envoi pour le nouveau quartier Beau Soleil

En 2016, la municipalité de Montpellier a acheté au ministère de la Défense, pour un euro symbolique, le terrain qui abritait l’ancienne caserne du groupement de gendarmerie de l’Hérault, avant son déménagement à Lepic. Étalé sur 3 hectares, le nouveau quartier Beau Soleil s’organisera autour de la clinique éponyme, et sera desservi par la ligne 3 du tramway, notamment les stations Jules Guesde et Astruc.

En plus de s’attaquer à la modernisation conséquente de la plus vieille clinique mutualiste de France (créée en juin 1935), le projet est de développer un nouveau petit quartier, entièrement végétalisé et tourné vers une large mixité d’usages. Il comprendra notamment :

L’objectif ? Créer une véritable cité de la santé et du bien-être au cœur de Montpellier.

Le chantier est déjà en cours avenue de Lodève. Inauguré fin octobre par la démolition de l’ancienne caserne et des garages, il doit s’achever à l’horizon 2021.

La rénovation du Petit-Béard touche à son terme

Le projet, débuté en 2005, doit enfin arriver à son terme. Avec une livraison prévue en 2019, le calendrier est donc tenu. Le chantier est aujourd’hui avancé à 90 %, s’est félicité Philippe Saurel.

Cette rénovation, qui aura porté à 462 le nombre total de logements détruits pendant l’opération, vise à transformer le quartier en commençant par son architecture, afin d’améliorer les conditions de logement des habitants et de redonner à l’ensemble une nouvelle image.

Assuré par la SERM pour le compte de la Ville de Montpellier, avec le soutien financier de l’Agence Nationale de Renouvellement Urbain, ce plan de rénovation s’élève à 163 millions d’euros, dont 42 millions investis par la Ville.

Le Projet de Rénovation Urbaine du Petit Béard doit se poursuivre en une dernière phase sur les prochains mois, qui prévoit la réalisation des derniers programmes de reconstruction de logements et la finalisation des espaces publics. Les 10 étages du massif bâtiment F vont ainsi se voir grignoter pour laisser la place à l’aménagement d’une nouvelle rue, la rue Elsa Triolet, entre l’avenue du Petit Bard et la rue Rimbaud.

En 2019, près de 800 nouveaux logements seront livrés, 50 % des commerces auront été réhabilités, et les infrastructure se verront enrichies d’un parc, d’une aire de jeux pour les enfants et d’une place pour le marché, afin de faire également de cette rénovation urbaine un renouveau économique pour le Petit Bard.

SOURCES
  • « Montpellier : le projet de rénovation urbaine du Petit Bard réalisé à 90 % », par Cédric Nithard - e-metropolitain.fr, 09/10/2018
  • « Montpellier : à quoi doit ressembler la place de la Comédie du XXIe siècle ? », par Karim Maoudj et Frédéric Mayet - e-metropolitain.fr, 22/11/2018
  • « Montpellier : Philippe Saurel veut réécrire le cœur de ville », par Karim Maoudj - e-metropolitain.fr, 20/11/18
  • « Montpellier: La Comédie, l'esplanade et le Triangle vont avoir droit à un lifting en profondeur », par Nicolas Bonzom - 20 Minutes, 21/11/18
  • « Chantiers à Montpellier : pavés dans la Grand’Rue, démolition à Beausoleil », par Jean-Marc Aubert - e-metropolitain.fr, 29/10/2018
  • « Montpellier : Beau Soleil, future cité du bien-être et de la santé », par Cédric Nithard - e-metropolitain.fr, 18/05/2017
  • « Montpellier : la Grand-rue Jean-Moulin, "un chantier sur mesure" », par Julien Vaurillon - MidiLibre.fr, 05/11/2018
  • « Montpellier : label Architecture Contemporaine Remarquable pour Antigone », par Gil Martin - e-metropolitain.fr, 13/11/2018
  • « Montpellier : Philippe Saurel au forum mondial de la paix à Madrid », par Emilie Bec - e-metropolitain.fr, 08/11/2018
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