Mas de Chave à Frontignan : un projet urbain revu à la baisse et remis en concertation

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le jeudi 23 juillet 2026

[ mis à jour le jeudi 23 juillet 2026 ]

SOMMAIRE

Vingt-cinq ans que le Mas de Chave revient dans les conversations frontignanaises. Le maire Michel Arrouy l'a rappelé lui-même devant son conseil municipal le 15 juillet 2026. Ce soir-là, les élus n'ont pas validé un permis ni lancé un chantier. Ils ont voté quelque chose de plus rare dans la vie d'un projet immobilier : le retour du dossier devant les habitants, un an après une première consultation qui avait fait remonter des critiques nourries.

La Ville avait ouvert le dossier à l'été 2025. Le secteur du Mas de Chave constitue la seule zone classée « à urbaniser fermée » du plan local d'urbanisme communal. Le règlement peut y tolérer quelques travaux limités, mais pas une opération d'aménagement de cette ampleur : tant que le PLU n'évolue pas, le projet ne peut pas sortir de terre. Pour lever ce verrou, la commune a engagé une déclaration de projet emportant mise en compatibilité du PLU (DPMEC), menée en parallèle de la révision générale du document d'urbanisme.

Trente logements de moins et une résidence seniors rayée du plan

La délibération adoptée salle Voltaire figurait parmi les 17 points inscrits à l'ordre du jour. Sa portée est procédurale, pas décisionnelle : le bureau d'études a intégré les demandes formulées par les riverains et par la municipalité, et cette nouvelle version repart devant le public via des réunions d'information et un double registre, papier et dématérialisé.

Le contenu des modifications, lui, est substantiel. Le programme passe de 430 à environ 400 logements. Le porteur de projet a redimensionné un bâtiment, supprimé des places de stationnement au profit d'îlots de fraîcheur, déplacé les activités économiques en bordure d'avenue. Le changement le plus visible inverse un choix défendu neuf mois plus tôt : la résidence seniors disparaît au profit de logements pour les familles et les jeunes ménages, alors qu'en octobre 2025 la majorité la présentait comme un équipement public non négociable et que le maire justifiait le programme par le vieillissement de la population.

Frédéric Aloy, conseiller délégué à l'urbanisme et à l'habitat, a expliqué le revirement au conseil de juillet : attirer des familles plutôt que les voir partir vers d'autres communes.

La version soumise à la première concertation était plus précise sur sa composition : 430 logements, dont 120 locatifs sociaux et 90 en résidence seniors. Le dossier de juillet 2026 ne détaille pas encore la ventilation des 400 logements entre social, accession sociale et logements libres. Ces chiffres proviennent du compte rendu de séance, pas d'un dossier de concertation publié : une version antérieure du projet portait d'ailleurs sur 336 logements, chiffre rappelé en séance par la conseillère d'opposition Patricia Andrieu. Dans tous les cas, le projet promet d'étoffer l'offre de l'immobilier neuf dans la métropole montpelliéraine. Une addition bienvenue dans un secteur où la tension locative est très haute.

Pourquoi 400 logements dans une commune littorale de 24 000 habitants

Frontignan compte 24 136 habitants en 2023, selon les données INSEE publiées le 9 juillet 2026. La commune gagne des habitants à un rythme de 1,0 % par an entre 2017 et 2023, croissance qui repose entièrement sur les arrivées, puisque le solde naturel est négatif (-0,1 %). Frontignan grandit parce qu'on y emménage, pas parce qu'on y naît.

D'après les études issues de la révision du PLU, qui pointent la croissance démographique et le desserrement des ménages (divorces, familles monoparentales, vieillissement), Frontignan la Peyrade doit produire environ 1 600 logements supplémentaires d'ici 2036. Le Mas de Chave en représenterait le quart à lui seul. Voilà pourquoi la municipalité tient à ce dossier malgré les oppositions.

Le parc de logements raconte la pression littorale. Sur 14 566 logements recensés en 2023, les résidences secondaires et logements occasionnels représentent 20,6 % du total. Un logement sur cinq n'est donc pas occupé comme résidence principale. Dans le même temps, la vacance tombe à 2,9 %, un niveau où les logements disponibles se comptent en centaines, pas en milliers. Cette rareté vaut d'ailleurs pour l'ensemble du bassin de Thau, où l'offre de logements neufs à Frontignan reste limitée au regard de la demande.

Loïc Linarès, conseiller municipal délégué et président de Sète Agglopôle Méditerranée, avait résumé la contrainte en octobre 2025 : « on vit sur une zone en tension foncière sur ces questions sensibles du logement ». Il ajoutait que la majorité avait exigé du promoteur un plafond de prix au mètre carré, et que « la réglementation s'est musclée concernant la non-consommation de nouveaux espaces ». Traduction : le Mas de Chave est l'une des dernières réserves foncières mobilisables avant que les règles de sobriété foncière ne referment la porte.

Circulation, stationnement, densité : les trois objections des riverains

Le bilan de la première concertation, présenté au conseil du 9 octobre 2025, avait listé les points de friction : dimension du projet, intégration des logements sociaux, trafic, nuisances, stationnement, équipements. Frédéric Aloy résumait alors l'état de l'opinion : « les avis sont partagés sur la construction de logements, concernant la dimension du projet et l'intégration de logement sociaux ».

Le calcul le plus repris vient de l'opposition. La version 2025 prévoyait deux places de stationnement par logement. Patricia Andrieu, conseillère municipale, a converti cette densité en flux automobile : deux voitures par logement, soit 800 véhicules empruntant quotidiennement la même route, avec des effets sur la pollution, la sécurité et le bruit. Elle appelait à « trouver un terrain d'entente pour revenir à un projet immobilier plus raisonnable ».

La majorité conteste la base du calcul. Frédéric Aloy avait objecté que le programme comptait 340 logements plus 90 unités de résidence seniors, cette dernière relevant selon lui de l'équipement public. Sur les flux, sa réponse tenait en une phrase : « on ne va pas faire croire aux gens qu'il y aura 800 voitures qui vont sortir en même temps à 8h du matin ». Une étude de circulation doit évaluer l'impact réel et adapter la voirie.

Neuf mois plus tard, la version révisée réduit le stationnement plutôt que de l'augmenter. Contradiction apparente avec les demandes des riverains, qu'Aloy assume au nom d'un arbitrage climatique : « on en a plus que ce que prévoit la réglementation » - précise-t-il, avant d'ajouter qu'« il ne faut pas faire que du tout voiture, on a besoin de végétalisation ». Les places supprimées deviennent des îlots de fraîcheur.

Le parc, le vieux mas et son allée arborée échappent aux coupes

Les principes d'aménagement fixés par la Ville en 2021 et 2022, repris par le promoteur montpelliérain M&A, n'ont pas bougé. Le dossier de concertation publié par la commune place le parc urbain public de 2,5 hectares au cœur du dispositif, avec une vocation mixte : biodiversité, paysage, promenade, jeux, fonction hydraulique. S'y ajoutent des plantations le long des voies et en cœur d'îlot, le recours aux énergies renouvelables et des îlots de fraîcheur.

Le patrimoine existant échappe à la démolition. Le mas lui-même, son parc et son allée arborée sont conservés. En octobre 2025, Frédéric Aloy confirmait que les murs anciens à préserver et le parc urbain n'avaient pas été remis en cause par la concertation.

La question automobile est traitée en amont, par le plan lui-même : aucun accès n'est prévu sur l'avenue du Maréchal-Juin, et un maillage de circulations piétonnes et cyclables irrigue le quartier. Le programme reste mixte, habitat dominant plus des commerces ou services, avec une diversité de formes urbaines et de gabarits censée assurer l'insertion dans le tissu pavillonnaire existant.

Un désaccord politique qui porte autant sur la méthode que sur le fond

Le vote du 15 juillet 2026 n'a pas éteint les critiques. Thibaut Cléret, élu de droite, a mis en cause le calendrier initial du dossier : « nous découvrons de grandes modifications, qui ne sont pas petites mais qui sont des changements majeurs » - jugeant que le projet avait été « présenté beaucoup trop tôt en pleine campagne électorale ».

Cédric Delapierre, élu du Rassemblement national, attaque sur le volume : « Frontignan a besoin de logement mais on est opposé à une urbanisation aussi excessive ». Il s'inquiète d'un stationnement insuffisant et conteste la suppression de la résidence seniors.

« Ça prendra plus de temps mais ce n'est pas grave, la politique c'est le temps long. Si on perd un ou deux ans ce n'est pas grave à l'échelle d'une ville, ces phases de concertation sont très importantes »

Michel Arrouy, maire de Frontignan

Son délégué à l'urbanisme présente cette réouverture comme une deuxième étape sur un projet de grande ampleur. Le calendrier électoral n'est pas neutre : les municipales de mars 2026 sont passées, le mandat qui commence portera la décision finale.

Les étapes qui restent avant le premier coup de pioche

La procédure DPMEC suit une séquence fixée par le code de l'urbanisme. La concertation préalable relève des articles L. 103-2 et suivants. À l'issue de cette nouvelle phase, le conseil municipal devra de nouveau en arrêter le bilan.

Vient ensuite l'examen conjoint du dossier avec les personnes publiques associées : services de l'État, communes voisines, Sète Agglopôle Méditerranée, syndicat mixte du Bassin de Thau, Département, chambres consulaires. Cette réunion ne relève pas de la consultation informelle, elle constitue une étape procédurale à part entière, dont le procès-verbal est joint au dossier d'enquête publique. L'enquête publique, phase où un commissaire enquêteur recueille les observations et rend un avis motivé, était annoncée pour 2026 dans le dossier de 2025. La réouverture votée en juillet 2026 fragilise ce calendrier, sans que la commune ait à ce jour communiqué de nouvelle date.

Une dernière étape reste ensuite à franchir, souvent oubliée dans les résumés du dossier : le conseil municipal doit adopter la déclaration de projet elle-même. C'est cette délibération finale qui emporte approbation de la mise en compatibilité du PLU et rend le terrain constructible pour l'opération.

Deux procédures avancent en parallèle et devront finir par converger. La révision générale du PLU se poursuit de son côté ; le même conseil du 15 juillet 2026 a d'ailleurs approuvé le bilan de concertation d'une révision allégée portant sur les espaces remarquables du littoral, procédure engagée avant sa suppression par la loi du 26 novembre 2025 et qui reste à ce titre applicable. Les deux calendriers devront s'ajuster : le Mas de Chave ne peut être arbitré indépendamment du PLU révisé qui fixera les règles de toute la commune.

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