L'avenir du logement connecté se joue à Montpellier en 2019

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le 30 décembre 2019

SOMMAIRE

Les outils connectés prennent de plus en plus de place dans le quotidien des personnes, et plus particulièrement dans le secteur de l’immobilier. Aujourd’hui, depuis une application mobile, les habitants d’un appartement peuvent déjà consulter les consommations énergétiques de leur foyer, tout en les adaptant à leurs besoins. C’est notamment le cas dans le nouveau quartier Eurêka, encore en construction à Castelnau-le-Lez.

Les scientifiques comptent aller encore plus loin et espèrent contribuer à la construction de logements répondant aux conditions de vie de leurs occupants. Le programme d’études « Human at Home Project » a été lancé dans ce but. Cette expérience scientifique prévoit l’observation, pendant dix mois, de deux étudiantes montpelliéraines au sein d’un appartement truffé de capteurs. L’objectif ? Récolter un maximum de données qui permettront de réaliser le logement du futur. Une initiative en cohérence avec la démarche de Montpellier de proposer un immobilier innovant, comme le projet du nouveau CHU ou Le Belaroïa.

Le projet Human at Home

Au sein de la ville de Montpellier, un appartement comprenant des dizaines de capteurs cachés du sol au plafond fait l’objet d’une expérience scientifique qui permettra de créer le logement de demain. Deux étudiantes montpelliéraines, les « cobayes », vivront au sein de cette habitation pendant dix mois. Leurs habitudes seront scrutées 24h/24 afin de mieux appréhender les usages et les conditions du bien-être dans les logements de demain. L’expérience est nommée « Human at Home Project ».

L’appartement dans lequel ces deux Montpelliéraines vivent est équipé de nombreux capteurs, implantés dans les moindres recoins de leur logement. Des détecteurs sont installés dans les portes et les tiroirs, et des boîtiers dans les murs. Ceux-ci permettent de mesurer le taux de pollution, les températures, les radiations ou encore les consommations diverses des habitantes. Afin que l’expérience soit une réussite, les scientifiques ont d'abord demandé aux étudiantes de vivre « le plus naturellement possible ». Un préalable nécessaire pour que la collecte de données soit véridique et que celles-ci puissent être analysées correctement. La finalité : déterminer les besoins « réels » d’un résident.

L’expérience « Human at Home Project » est née à l’initiative du directeur de l’Institut d’électronique et des systèmes Alain Foucaran. Elle réunit douze laboratoires et des experts du langage, du mouvement, du commerce, de la culture, des architectes, des juristes, des historiens, des psychologues et des anthropologues.

Comment imaginer le logement de demain ?

Les capteurs installés dans le sol de l’appartement serviront à mesurer la masse, ce qui permettra de détecter un corps anormalement immobile et de donner l’alerte. Mais aussi d’identifier les personnes présentes par leur poids. En d’autres termes, ces capteurs seront capables de dessiner la vie sociale des deux étudiantes.

« Parce qu'il est utile de s'interroger sur les conséquences des nouvelles technologies, le projet HUT se concentre d'abord sur les usages et sur les conditions du bien-être dans le logement de demain. »
Malo Depincé, Maître de conférences en droit privé à l’Université de Montpellier

L’analyse que les experts pourront faire servira notamment à conseiller les habitants pour qu’ils adoptent de meilleures habitudes. Pour exemple, Laurent Rousseau, président de l’entreprise Oceasoft qui conçoit une partie des capteurs, se demande comment conseiller l’habitant sans le contraindre : « Si l’occupant ouvre sa fenêtre tous les matins, alors que c’est l’heure du pic de pollution, comment lui conseiller de fermer tout en laissant le choix ? ».

Au final, les scientifiques s’accordent pour dire que les tablettes tactiles, ou encore les smartphones, représentent les meilleurs outils pour le développement des logements connectés :

« Prenons le cas du smartphone par exemple : il joue déjà un rôle considérable dans la vie des personnes. Il semble évident que nous allons, via le développement futur des objets connectés, vers une forme de logement de plus en plus connectée. »
Les scientifiques de l’expérience Human at Home

Dès lors, via ces outils, les experts imaginent que les réfrigérateurs ou encore le placard pourront donner des alertes aux habitants, pour leur signifier le manque de tel ou tel aliment.

Quels sont les objectifs de l’expérience ?

L’ultime but de cette expérience est de « vérifier si la technologie apportera de meilleures conditions de vie, et voir si elle permet d’améliorer des choses notamment dans le cadre de la santé ».

D’ailleurs, dans l’appartement témoin, il a été installé un prototype de vélo-électrique, qui permet de faire du sport tout en se divertissant et en regardant la télévision directement sur l’écran central de l’objet : « Nous allons vérifier si, en favorisant des conditions de pratiques confortables, les occupants sont plus enclins à utiliser les équipements », détaille Malo Depincé.

En parallèle, les données qui seront collectées serviront, aussi, à observer les consommations d’eau et d’énergie. Le tout en essayant de repérer les gaspillages et en tentant de les éviter.

Les deux étudiantes participant à l’expérience quitteront le logement à l’été 2019. Le logement-laboratoire sera alors « reformaté » pour que de nouvelles personnes l’intègrent et qu’elles soient, à leur tour, observées.

Human at Home project en chiffres

12 laboratoires et 60 chercheurs sont réquisitionnés pour mener à bien cette expérience qui permettra de dessiner l’habitat de demain. Le projet Human at Home représente un coût de 4 M€. Une majeure partie des investissements ont été faits par les laboratoires partenaires (2 M€), et une autre partie est financée par Montpellier Métropole (700.000€).

Human at Home Project en chiffres
Coût du projet 4 millions d’euros
Nombre de partenaires 12 laboratoires, 60 chercheurs, 7 entreprises, deux universités
Nombre de participants 2 étudiantes
Durée de l’évaluation 10 mois, avec un changement d’occupants chaque année

HUT a également reçu le soutien de l’OMS, du CNRS et de la Maison des sciences de l’Homme Sud. Celle-ci, dont le siège est situé à Montpellier, est un regroupement de scientifiques et d’experts qui s’engagent dans des programmes de recherche en sciences humaines et sociales. Elle a une fonction d’organisation et de soutien à la recherche aux niveaux européen et international.

L’immobilier de demain

La question de l’amélioration des conditions de vie n’est pas nouvelle, c’est même un sujet qui date du XXe siècle. À l’époque, on utilisait le terme « domotique » pour qualifier les habitations modernes.

Pierre Sarda, un ingénieur belge, crée en 1974 la première maison entièrement domotisée. Le logement était alors entièrement fourni de gadget et d’outils expressément pensés pour améliorer le cadre de vie de ses occupants. On a vu naître les interphones et les vidéophones, les portails d’entrée télécommandés et même les systèmes d'arrosage et de tonte automatisés. Certains de ces outils sont encore utilisés de nos jours, et notamment dans les nouveaux immeubles.

« La domotique consiste à connaître l’environnement et à le commander.
[...]Nous pouvons collecter l’ensemble des informations participant au bien-être des individus et les traiter de telles manières qu’ils aient la meilleure qualité de vie possible. »
Pierre Sarda, l'ingénieur qui a imaginé "La maison de l'an 2000"

Bien que le terme « domotique » soit encore utilisé et notamment dans la promotion en immobilier neuf, en réalité cette discipline disparaît petit à petit au profit de ce que l’on appelle les « logements connectés ». Les promoteurs surfent sur la vague. Pour exemple, Bouygues Immobilier promet de belles avancées en matière d’habitations 2.0. Il propose, en supplément, des prestations permettant de connecter son logement à une application mobile, pour surveiller les consommations d’énergie et les piloter à distance.

À Toulouse Borderouge, un quartier du nord de la ville, le promoteur LP a créé une résidence étudiante connectée appelée « Newton ». Cette construction propose un cadre de vie ultra-connecté et moderne aux habitants étudiants toulousains. En effet, ils peuvent consulter la consommation énergétique de leur studio et l’analyser de manière journalière, mensuelle et annuelle. La construction propose aussi des prestations inédites comme des boîtes aux lettres connectées. Depuis internet, les habitants peuvent savoir s’ils ont reçu du courrier et peuvent également en envoyer.

Le numérique s’empare de l’immobilier

Maison connectée, conception personnalisée, gestion locative automatisée… le numérique investit le monde de l’immobilier et des start-ups en profitent pour créer, innover et réinventer le monde de la pierre. Ces « jeunes pousses » espèrent concevoir le logement de demain.

Voici un tour d'horizon de ces entreprises qui ont l’ambition de révolutionner le secteur de l’immobilier.

HabX souhaite concevoir le logement sur mesure

Cette start-up parisienne met à disposition son savoir-faire pour que les acheteurs trouvent un logement neuf qui leur ressemble. Ils expriment l’ensemble de leurs attentes : surface habitable souhaitée, agencement, service d’éducation, de santé, de loisirs à proximité... La plateforme peut ensuite proposer un projet immobilier correspondant aux attentes de l’internaute.

Realiz3D, la start-up qui développe la visite virtuelle d’immeubles

Les services proposés par cette start-up s’adressent aux promoteurs immobiliers. Effectivement, lors de l’achat d’un logement en construction, il est difficile de se projeter et de prendre entièrement conscience de son potentiel. Realiz3D propose ainsi de modéliser en 3D l’intérieur des immeubles et des appartements, pour que les potentiels acheteurs puissent les visiter virtuellement.

InSitio ou l’ère de la gestion automatisée

Le premier objectif de cette start-up est de simplifier les procédures entre un bailleur et son locataire. Cette petite société montpelliéraine travaille sur l’automatisation et la dématérialisation de la gestion de la location d’un logement via une plateforme en ligne.

MaSmartHome veut démocratiser les prestations des logements connectés

MaSmartHome propose aux internautes de concevoir leur logement intelligent depuis un site internet. Ils peuvent sélectionner les options qu’ils souhaitent intégrer à leur logement. La jeune-pousse est aussi capable d’estimer les coûts des outils connectés souhaités.

SOURCES
  • « Montpellier expérimente l'appartement connecté » - La nouvelle république.fr, 19/11/2018
  • « Ces start-up françaises qui dessinent l’immobilier de demain », par Sylvie Bonnet d'après l'AFP - France3 Régions.fr, 09/11/2018
  • « Projet HUT : à Montpellier, on prépare le logement du futur », par Gil Martin - e-metropolitain.fr, 07/07/2018
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