Degrés-heures : l'indicateur de confort d'été des logements neufs

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le jeudi 09 juillet 2026

[ mis à jour le jeudi 09 juillet 2026 ]

SOMMAIRE

La réglementation RE2020 impose depuis 2022 un examen de confort d'été à chaque logement neuf, noté en degrés-heures. Sous 350, le logement est jugé confortable, au-delà de 1 250 le projet est recalé. Le score se joue sur l'ombre, l'inertie, l'aération nocturne et les brasseurs d'air, plutôt que sur la climatisation.

D'où vient cette règle ?

La canicule de 2003 a causé près de 15 000 décès en France. Les étés suivants n'ont rien arrangé, celui de 2022 a été le deuxième plus chaud jamais mesuré dans le pays. Or un logement construit aujourd'hui sera encore debout en 2075 et, selon les projections climatiques, affrontera des étés plus rudes que les nôtres.

Avant 2022, la réglementation vérifiait déjà la tenue à la chaleur, mais avec un contrôle sommaire. Un logement pouvait le satisfaire et rester irrespirable pendant une canicule, car l'ancien indicateur reflétait mal la chaleur réellement ressentie par les occupants.

La nouvelle réglementation des bâtiments neufs, baptisée RE2020, s'applique aux logements depuis janvier 2022. Elle vise d'abord à réduire la consommation d'énergie et l'empreinte carbone, et exige aussi, c'est la nouveauté, que les logements restent vivables en période de forte chaleur.

Les pouvoirs publics veulent aussi éviter que la climatisation ne devienne le réflexe par défaut, car elle consomme beaucoup d'électricité et réchauffe la rue en évacuant sa chaleur.

Un compteur de degrés de trop

Tout part d'une simulation informatique du futur logement. L'ordinateur calcule sa température intérieure heure par heure, sur une année entière. Chaque dépassement du seuil de confort est noté, puis les écarts sont additionnés, et le total forme les degrés-heures.

Prenons un seuil de confort à 28 °C. S'il fait 30 °C dans le salon pendant une heure, le compteur ajoute 2 degrés-heures. S'il fait 30 °C de 14 h à 18 h, il en ajoute 2 par heure, soit 8. La formule mesure ainsi l'intensité de la chaleur autant que sa durée, deux degrés de trop pendant dix heures pèsent aussi lourd que dix degrés pendant deux heures.

Le seuil de confort n'est pas fixe. La nuit, il vaut 26 °C, le niveau retenu pour préserver le sommeil. Le jour, il démarre à 26 °C et peut grimper à 28 °C après plusieurs journées chaudes, parce que le corps s'acclimate peu à peu.

On ne mesure pas non plus la seule température de l'air, mais une température « ressentie ». Des murs brûlants ou un air immobile aggravent la note, un courant d'air l'améliore.

Comment le test est mené

La simulation s'appuie sur une météo type de la région, dans laquelle a été glissée une canicule comparable à celle de 2003. Le logement est donc jugé sur sa tenue face à un été extrême.

Même quand une climatisation est prévue, le calcul se fait sans elle. Ce qui est noté, c'est le bâtiment tel qu'il sortira de terre. Impossible de camoufler une conception ratée derrière un climatiseur.

Dans un immeuble, le calcul distingue au moins les appartements traversants, ceux qui s'ouvrent sur deux façades, des autres. Chaque catégorie doit tenir le seuil séparément, ce qui interdit de cacher quelques logements-fournaises derrière une bonne moyenne. Le résultat est vérifié au dépôt du permis de construire.

Deux seuils, 350 et 1 250

Le verdict se lit dans une grille à trois niveaux.

Score en degrés-heures Ce que cela signifie Conséquence
Moins de 350 Logement confortable, à peu près une semaine de gêne dans l'année Conforme, rien à signaler
Entre 350 et 1 250 Inconfort jugé tolérable Conforme, mais pénalisé (voir ci-dessous)
Plus de 1 250 Trop chaud, l'équivalent de 25 jours d'affilée à 30 °C le jour et 28 °C la nuit Recalé, il faut revoir les plans

Ces seuils correspondent au cas général, le plafond de 1 250 pouvant être relevé dans quelques situations particulières décrites plus bas.

La pénalité de la zone intermédiaire repose sur un pari du législateur. Des habitants qui ont trop chaud finissent, tôt ou tard, par acheter une clim. Le calcul ajoute alors d'avance cette future consommation au bilan énergétique officiel, la facture théorique s'alourdissant à mesure que le score grimpe. Le concepteur a tout intérêt à traiter la chaleur à la source.

Pas les mêmes règles partout en France

La France métropolitaine est découpée en huit zones climatiques, chacune avec sa propre météo de simulation. Une même maison, construite à l'identique, obtiendra des scores très différents selon la région.

Dans le nord et près de l'océan, le seuil est rarement un problème. Les difficultés se concentrent sur le pourtour méditerranéen, Corse comprise, et son arrière-pays, du sud de la vallée du Rhône aux préalpes du sud. Montpellier et sa métropole se trouvent en plein cœur de cette zone, et les programmes neufs qui y sortent de terre composent donc tous avec cette contrainte.

Le plafond de 1 250 est d'ailleurs relevé dans de rares situations qui cumulent quatre handicaps. Le sud de la France, une basse altitude, des fenêtres exposées au bruit d'une grande route ou d'un aéroport, et une climatisation prévue au projet.

Ouvrir les fenêtres la nuit y est illusoire, ce que le texte reconnaît. Le plafond peut alors monter à 1 850 degrés-heures pour une maison, et jusqu'à 2 600 pour un immeuble, selon la taille moyenne des logements. Le seuil de confort de 350, lui, ne bouge jamais.

Comment faire baisser le score

D'abord, empêcher le soleil d'entrer

Beaucoup se joue sur le plan, c'est tout le principe de l'architecture bioclimatique. Orienter le bâtiment intelligemment, éviter les grandes baies vitrées plein sud ou plein ouest. Prévoir aussi des ombres fixes, débords de toiture ou casquettes au-dessus des fenêtres.

Volets, stores extérieurs et brise-soleil arrêtent ensuite la chaleur avant qu'elle n'entre. Les modèles clairs renvoient mieux la lumière, et les versions automatisées se ferment même quand personne n'est là.

Des murs qui font tampon, de l'air la nuit

Des murs lourds absorbent la chaleur de la journée et la restituent lentement. Les anciens le savaient, une maison en pierre reste fraîche l'été, et les thermiciens parlent d'inertie. Encore faut-il évacuer la chaleur stockée, en aérant en grand la nuit, ce que facilitent les logements traversants où l'air file d'une façade à l'autre.

Le retour du ventilateur de plafond

Les brasseurs d'air font baisser la température ressentie de 2 à 3 °C pour quelques dizaines de watts. Le calcul réglementaire les valorise, en plafonnant leur effet à environ un appareil pour 15 m², et dans le sud ils font souvent la différence entre un projet recalé et un projet conforme.

Il existe aussi le puits climatique, un réseau de tubes enterrés où l'air neuf se rafraîchit au contact du sol avant d'entrer dans la maison.

Et la clim ?

Elle reste autorisée, mais le calcul des degrés-heures l'ignore et elle alourdit le bilan énergétique et carbone du projet. Sa présence annule au passage le bonus des brasseurs d'air. Autant dire que le texte pousse à s'en passer.

Les limites de l'exercice

Le calcul reste un examen sur scénario type. La météo de test ignore les surchauffes propres aux centres-villes, et les habitants simulés ouvrent volets et fenêtres exactement au bon moment, ce qui n'arrive pas toujours dans la vraie vie.

La canicule de référence, surtout, date de 2003, alors que les projections climatiques annoncent des épisodes plus intenses d'ici 2050. Pour qui fait construire, mieux vaut viser moins de 350 que passer de justesse sous 1 250, la marge servira pour les étés à venir.

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